''Haiti Reggaefest'' survit au foot et à la pluie

Annoncé à grands renforts de pub depuis quelques semaines par Yes Rasta Productions, la 2ème édition de ‘’Haïti Reggaefest’’  le 19 juillet dernier a bien failli frôler la catastrophe...naturelle. En plus du très attendu quart de finale Haïti-Mexique à Dallas programmé parallèlement au festival, dame pluie s’est invitée à la partie tout juste quelques minutes avant l’ouverture des barrières. Comme on dit, un malheur ne vient jamais seul. Tout a joué, donc, contre les organisateurs. Malgré tout, des milliers de festivaliers se sont attroupés sur le vaste terrain de la HENFRASA pour une bonne douche chaude de Reggae et Rap Kreyòl, les deux principaux genres musicaux à l’honneur dans ce festival.

D’un côté, le Rap Kreyòl, représenté par Family Click, Replik, Brimad, C-Projects, G-Bobby Bon flow et Mystik 703, chauffés à blanc au backstage et determinés à cracher leur flow sur un public jeune, donc bien imprégné de la culture Hip-hop très en vogue dans le pays. De l’autre, Tribe Soul, Jah Nesta, BélO, Jean-Bernard Thomas et Brothers Posse, calmes et relax mais décidés à faire trembler la scène avec les vibes percutantes du Reggae.

Croyez-vous qu’il est important d’évoquer ce ciel ennuagé par une masse de fumée du ganja, ces alcools en bouteille à profusion et ces pluies de bâton sans ménage des flics pour calmer - quand le besoin se fait sentir- les ardeurs enflammées de quelques fauteurs de troubles. Les festivals en Haïti, c’est ca aussi. Alors, passons.

Reggaefest à  la sauce Rap Kreyòl

Apres les mix des DJs et les bla-bla-bla des MCs, Family Click ouvre le défilé des groupes aux environs de 9h du soir sur une grande scène, illuminée et assortie d’un magnifique graffiti en toile de fond. Par la qualité de l’animation créée et l’exultation du public, les groupes de Rap Kreyòl, avec Rockfam en tête, se sont emparés de ce festival avec empoigne. Un festival dont la dénomination, dans le fond, nous parait très inappropriée puisque le contenu rythmique s’apparente beaucoup plus à du World-beat qu’à du Reggae à proprement parler. Oublions ce ‘’détail’’. Haïti n’est-elle pas entrain de se pétrir sous l’emprise de l’irrationnel ?

En passant, les rappeurs de C-Projects se sont un peu couverts de ridicule par leur choix pueril et irréflechi de surfer sur la grivoiserie, la grossièreté voire la niaiserie en utlisant constamment des mots malsains et inutiles. C-Projects s’autoproclame représentants attitrés du ‘’Gangsta rap’’, transformé en Haïti par ‘’Betiz Rap’’. Un choix suicidaire pour la pérennité de ce groupe dans le game. Next time, think twice guys !

A noter la remarquable performance de G-Bobby Bon flow, un rappeur dont l’humour, l’aisance sur scène et le réalisme saisissant des sujets abordés le classent parmi les tops de ce genre en Haïti. Brimad, avec son hit Kimele m, contenant un sampling réussi de ‘’Ti Josline’’ de Tropicana, a mis le feu dans la foule.

Mytsik 703, tres apprécié par une bonne frange de la jeunesse estudiantine, a péché par leur volonté d’innover. Seul groupe de Rap Kreyòl ayant choisi de jouer en live (batterie, percussion, clavier et bassiste), Mystik 703 et sa petite princesse Eud ont été les victimes expiatoires d’une sono catastrophique. Alors que les rappeurs hurlaient bruyamment, on arrivait à peine à décoder ce qui sortait de leur bouche. Ajouter à cela, un out-of-synch nuisible aux oreilles entre le batteur et le DJ qui a failli bousiller la performance des rappeurs. En bons professionnels, ils ont pu finalement entrainer la foule dans un ‘’bouncing’’ amusant avec coup sur coup Men ni, men ni et Pa minote m, deux titres à succès sur leur premier disque Nou nan lakou a.

Pour les habitués ou mordus de Rockfam, la recette n’a pas changé. Toutefois, elle risque de devenir insipide sous peu même si des milliers de jeunes accros à leur mouchoir noir y prennent toujours goût. Bon, y a eu Ayiti pa NY City ; Inoubliable et le fameux Pa pwoche avec la même folie dans le public et la même énergie des rappeurs sur scène. Cependant, une révision du répertoire de Rockfam ne nuirait nullement aux futures performances live du groupe. Au contraire.

Du Reggae à l’état pur avec un bémol

En dehors de Jean-Bernard Thomas, complètement méconnaissable sur scène, les Tribe Soul, Jah Nesta, Bélo et Brothers Posse ont porté la musique Reggae à son paroxysme.

Absent sur la scène après la sortie de son second opus Pa sa pe, Jah Nesta a réussi un formidable comeback dimanche dernier devant un public, en majorité, très jeune mais reprenant en chœur des morceaux comme Zanmi ou Solda Jah. Quant à Bélo, souriant, communicatif et sur de lui, son choix musical (Lakou trankil, Match la et Jasmine) s’est retrouvé en constante harmonie avec les attentes du public.

Exceptionnel l’année dernière lors de la première édition de ce festival, Jean-Bernard Thomas s’est embobiné cette année dans du ridicule. Voix enrouée, titubant à chaque pas donnant l’impression d’un camé impotent, l’interprète de ‘’Ayiti Thomas’’ s’enfonce dans le trou. A l’instar de Black Alex dans un passé relativement récent, son cas doit tous nous interpeller vu l’immensité de son talent. Apparemment sous l’influence d’une drogue quelconque ou de l’alcool (j’ai bien dit et j’insiste sur ‘’apparemment’’), l’artiste a loupé sa chance devant des milliers de personnes de confirmer tout le bien qu’on dit ou pense de lui. Très lamentable.

Brothers Posse a clôturé ce festival aux environs de 2h du matin devant un public clairsemé. L’apparition de Tonton Bicha, bien embonpoint avec un ventre prononcé, et l’énergie de Don Kato n’ont pas suffi pour créer l’animation escomptée par l'initiateur du festival vu l’heure tardive.

Tenant compte des contraintes majeures évoquées plus haut, la 2ème édition de Reggaefest n’a pas démérité. Loin de la. Une bonne présence policière, des tentes disponibles sur le site pour étancher sa soif (eau, boissons alcoolisés ou gazeuses), dérapages vites maitrisés par la police, l’organisation mérite un bravo malgré les failles habituelles dans les festivals ici comme le backstage ressemblant beaucoup plus à un marché public et la piètre qualité de la sono sur l'ensemble des performances full-band.

Avec l’expérience acquise lors des deux premières éditions, la 3ème devrait confirmer et consolider la présence annuelle de ce festival dans le paysage musical haïtien. Comme il s’agit d’un ‘’Reggaefest’’, ne faudra-t-il pas avoir plus de groupes Reggae dans le line-up ? Cela va de soi, n’est ce pas ? Yes Rasta, devrait-on me répondre.

Cliquez ici pour lire un article sur Haiti-Reggaefest paru sur kitelmache.net

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